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 Charlemagne (747-814), les dents et une ordonnance : Le Capitulaire de Villis (812)

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Kouros


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MessageSujet: Charlemagne (747-814), les dents et une ordonnance : Le Capitulaire de Villis (812)   Mer 18 Jan - 1:19

Charlemagne (747-814), les dents et une ordonnance : Le Capitulaire de Villis (812)
par
Xavier Riaud

Théophraste (v. 372- v. 287 av. J.-C.)
Inspiré du philosophe et botaniste grec, auteur d’une Histoire des plantes en dix livres qui fait de lui, le plus grand botaniste de l’Antiquité, inégalé jusqu’à la Renaissance, Charlemagne (747-814) n’hésite pas à utiliser les plantes préconisées par Théophraste à des fins médicales (Lamendin, 2008).

Plantes recommandées par le Grec sur le plan bucco-dentaire
Théophraste utilise l’amandier comme excipient de diverses préparations bucco-dentaires, l’anis en aromathérapie bucco-dentaire, le cannelier en aromathérapie bucco-dentaire, notamment pour des infections buccales et des abcès dentaires, la gomme arabique tirée de l’acacia, en excipient dans des médicaments, la jusquiame en calmant contre les douleurs dentaires, les graines de lin dont la farine a une action anti-inflammatoire appliquée en cataplasme, le maceron recommandé dans les lésions gingivales scorbutiques, le marrube employé contre la fièvre, le pavot dans la lutte contre les douleurs dentaires, le poivre noir placé dans les cavités carieuses, la réglisse pour ses qualités anti-bactérienne et anti-inflammatoire, le rosier rouge dont les pétales aux propriétés astringentes servaient à des gargarismes, le coquelicot pour ses effets calmants, la guimauve très émolliente en gargarismes et le millepertuis pour son action sédative (Lamendin, 2008).

Genèse du capitulaire
Il aurait été probablement écrit par Alcuin, un des grands scribes du roi des Francs, qui aurait rencontré Charlemagne à Parme en 781 et serait resté à ses côtés de 782 à 790. Il se sépare du
monarque pour séjourner un temps en Angleterre, son pays natal, de 790 à 793.
De retour dans le royaume franc, Alcuin devient abbé de Saint-Martin de Tours en 796 et se fixe à Tours en 801. En 796, Charlemagne l’aurait missionné afin qu’il écrive un texte ayant pour vocation de réglementer la culture des plantes dans ses domaines (villae, villis). Alcuin enseignait la botanique, la pharmaceutique et l’agriculture. Précepteur et conseiller de l’Empereur, il avait dirigé l’Ecole palatine d’Aix-la Chapelle en 782. Il convenait donc parfaitement pour la tâche qui venait de lui être confiée. Au préalable, il a bien évidemment fallu collecter ces plantes, les répertorier et vérifier leurs vertus thérapeutiques, ce qui a demandé beaucoup de temps. Alcuin décède à Tours en 804. « Son » travail, - dont la paternité est encore aujourd’hui contestée (Girre (1997), n’affirme-t-il pas que ce capitulaire aurait été écrit par Eginhard, le chroniqueur personnel de Charlemagne?) -, s’est donc appelé le Capitulare de villis vel curtis imperii (ou pour certains auteurs Capitulare de villis et curtis imperialibus (Girre, 1997)), le Capitulaire de Villis, qui est promulgué en 812 par Charlemagne, et dont l’application et la diffusion sont revenues au fils de l’Empereur, Louis Ier, le Pieux (778-840) (www.encyclopedie-universelle.com, sans date).

Le Capitulaire de Villis
Cette longue ordonnance est composée de 120 capitulae (chapitres ou articles). Ce texte aborde de nombreux sujets, comme les métiers, la médecine ou principalement la botanique (http://fr.wikipedia.org (a), 2009). Par cette succession d’articles, Charlemagne entendait réformer entièrement l’agriculture et l’administration de ses domaines immenses qui s'étendaient de l'Allemagne à l’Espagne, et qui étaient reconnus pour certains, à l’Ouest notamment, en Francie, pour être très mal gérés et entretenus. Ce sont des règles strictes à respecter très scrupuleusement sous peine de lourdes sanctions (amendes, révocation, emprisonnement, bannissement…), car ce texte est une ordonnance royale dont l'application concrète est contrôlée directement sur le terrain par les missi dominici (les envoyés du seigneur) (http://fr.wikipedia.org, 2009). Les plantes sont, quant à elles, décrites dans les capitules 43, 62 et 70. Des indications très précieuses sont ainsi fournies dans ces trois chapitres sur les fruits et légumes cultivés à l’époque (http://fr.wikipedia.org (b), 2009).

Les plantes médicinales du capitule 70
Il comprend 88 plantes exclusivement médicinales qui sont toutes citées par Pline l’Ancien (23-79), dans son œuvre intitulée Naturalis Historiae Libri (livres XIV à XXV – 37 volumes au total) et par Dioscoride (v. 40-v. 90) dans son livre De Materia Medica (www.encyclopedie-universelle.com, sans date). Parmi celles-ci, y figurent certaines avec une action bucco-dentaire soutenue. C’est le cas notamment de l’ail qui a un rôle antifongique et antibactérien au niveau buccal, et qui soulage les maux de dents, de l’aneth qui soulage la douleur des dents, de la bardane qui est utilisée en lavage de bouche contre la douleur dentaire ou contre les aphtes, de l’estragon qui est employé contre les rages de dents, en cataplasme sur la dent douloureuse, mais aussi en prévention contre le scorbut et les lésions gingivales qui en découlent, du fenouil qui sert en cure-dents pour soulager les douleurs des gencives ou en pansement autour d’une dent douloureuse, du lis qui est appliqué en pansement antiseptique et cicatrisant sur une dent malade ou aussi en bains de bouche, du livèche qui est vantée en masticatoire dans la lutte contre les aphtes, de la moutarde qui est mâchée contre les maux de dents ou contre le scorbut, de l’oignon qui est très efficace contre les aphtes, les douleurs dentaires ou encore le scorbut, de l’origan qui est réputé être un antalgique ou un antiseptique très satisfaisant contre les douleurs dentaires, du persil dont l’action contre l’halitose ou les douleurs dentaires est remarquable, de la rue qui est recommandée en prévention des lésions gingivales scorbutiques, et enfin, de la sauge qui est indiquée en masticatoire pour calmer la douleur des dents, pour lutter contre les inflammations muqueuses et buccales (Lamendin, 2007).

Conclusion :
« Avant Charlemagne, l’enseignement médical est directement issu des Gallo-Romains. Avant la constitution des écoles de médecine, le savoir médical est transmis de maître à élève en colloque singulier dans les monastères (clercs) ou dans les villes (libéraux). La médecine conventuelle naît sous Charlemagne et, pendant trois siècles, chaque monastère possède sa propre école pour moines et clercs. Les connaissances délivrées ne sont pas exclusivement médicales. Pourtant, les moines médecins exercent en véritables praticiens… (Baron P. & Baron A., 1986) » Girre (1997) précise : « Charlemagne a crée de nombreuses écoles religieuses où l’étude des plantes a été la principale base de l’enseignement pharmaceutique. Jusqu’alors, seuls les moines, surtout les bénédictins, soignaient les malades. »
S’il a révolutionné l’agriculture et son administration par cette ordonnance, Charlemagne a apporté grâce au Capitulaire de Villis, une aide indéniable et non négligeable à la médecine de l’époque par la production de plantes médicinales à grande échelle et l’usage qui en a été fait. A un degré moindre, l’action bucco-dentaire de certaines de ces plantes ayant été notifiée, ne peut-on pas considérer que ce texte originel a été un document primordial dont la phytothérapie bucco-dentaire se serait inspirée?

Références bibliographiques :
Baron P. & Baron A., L’Art dentaire à travers la peinture, ACR (éd.), Paris, 1986.
Bibliothèque de Wolfenbüttel, Allemagne, 2009.
Girre Loïc, Traditions et propriétés des plantes médicinales, Privat (éd.), Toulouse, 1997.
http://fr.wikipedia.org (a), Alcuin, 2009, pp. 1-4.
http://fr.wikipedia.org (b), Capitulaire de Villis, 2009, pp. 1-3.
Lamendin Henri, Soignez votre bouche par les plantes, L’Harmattan (éd.), Collection Médecine à travers les siècles, Paris, 2007.
Lamendin Henri, Précurseurs de la phytothérapie bucco-dentaire occidentale, L’Harmattan (éd.), Collection Médecine à travers les siècles, Paris, 2008.
www.encyclopedie-universelle.com, Le Capitulaire de Villis, sans date, pp. 1-7.

Article paru dans La Phytothérapie européenne, n° 59, novembre – décembre 2010, pp. 5-6.
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